Selon moi, la beauté de l'escalade réside dans trois choses. Et c'est la combinaison de ces trois éléments qui en fait ce qu'elle est pour moi.
Variabilité
Tout d'abord, c'est sa variabilité. J'adore l'escalade en été, en hiver, en chaussons d'escalade, avec un piolet, avec une corde, sans corde, sur des rochers, en montagne. La complexité de notre « sport » est, à mon avis, l'un de ses plus grands avantages. Imaginez un coureur de marathon au départ d'un sprint ou un tireur sportif avec un fusil à la main. Une spécialisation étroite donne à une personne la possibilité d'atteindre le maximum dans son secteur, mais en revanche, elle se prive de nombreuses autres possibilités et alternatives. Ainsi, si l'on ne renonce pas aux styles d'escalade moins populaires, comme le dry tooling ou l'escalade technique, on peut se développer dans de nombreuses directions, en apprenant de nouvelles choses et en progressant sans cesse.
Connexion (pas seulement avec la nature)
Pour moi, la deuxième devise de l'escalade réside dans le lien avec la nature et la pure camaraderie. Pour moi, l'escalade est liée à 95 % à la nature. Les murs artificiels ne sont pas faits pour moi. Je les perçois uniquement comme un mal nécessaire servant à l'entraînement. Dans l'escalade, j'aime déjà le trajet jusqu'aux rochers, quand on se réjouit et qu'on se prépare mentalement à son projet, et j'aime aussi rester dans les rochers pendant la nuit. Dormir dans la nature est pour moi quelque chose dont je peux tirer de l'énergie pour le lendemain.
Un élément indispensable de l'escalade est pour moi le lien avec les autres. Je ne parle pas seulement du lien physique avec la corde, où le grimpeur confie littéralement sa vie aux mains de son assureur. Tout le monde comprendra sûrement que ce moment ne serait pas tout à fait possible sans confiance. Je pense aussi au lien mental. Une camaraderie et une amitié que je n'ai connues nulle part ailleurs que dans un groupe d'escalade. Vous est-il déjà arrivé de confier la conduite de votre voiture à une personne que vous connaissiez à peine depuis cinq minutes ou de manger dans la même gamelle avec plusieurs « étrangers » ? Ce n'est pas seulement une question de confiance aveugle. Pour moi, il y a quelque chose de plus. Quelque chose qui nous unit et donne un sens supérieur à nos actions.
Se dépasser soi-même
Le dernier élément qui est important pour moi dans l'escalade est de se surpasser. Le sentiment de pouvoir continuellement m'améliorer et que mon objectif déjà atteint appartient au passé tout en étant un tremplin pour les objectifs futurs est inestimable. C'est également dans cette attitude que je vois le plus grand danger pour l'avenir. Est-ce que j'aimerai toujours l'escalade même si mes performances commencent à diminuer et que je ne suis plus capable d'atteindre les mêmes résultats que par le passé ? C'est une question que je me pose de plus en plus souvent ces derniers temps et j'ai peur d'y répondre. D'un autre côté, j'y vois un autre défi. Apprendre à aimer l'escalade même après le sommet imaginaire de ma « carrière ». Je pense que les deux premiers points mentionnés ci-dessus m'aideront beaucoup dans cette démarche.
Toutes ces considérations prennent de l'importance pour moi maintenant, surtout dans des moments comme ceux-ci, où la société se trouve au seuil de temps incertains.
La deuxième source de réflexion est certainement la récente mésaventure qui m'est arrivée. 12 ans d'escalade, en moyenne environ 120 jours par an dehors, pratiquement sans blessure grave liée à l'escalade. Ces statistiques devaient forcément finir par craquer. Une chute de la dernière prise d'un highball karstique. Une cheville fracturée et la perspective d'au moins deux mois sans escalade étaient, au début de ma convalescence, un véritable cauchemar. Pourquoi moi, qu'est-ce que j'ai fait à qui que ce soit ? Où était l'erreur ? Au lieu de blâmer et de chercher des excuses, il faut commencer par soi-même. Cette fois, j'ai vraiment exagéré. Mon ambition m'a poussé au-delà de la limite de risque acceptable, que je n'aurais pas dû franchir. Mais on ne peut pas remonter le temps. Il est donc seulement possible de se demander ce que je ferai différemment la prochaine fois. Comment vais-je aborder cette situation ? Nous verrons… J'espère bientôt.
Je suis de plus en plus convaincu que le cliché classique de l'escalade, selon lequel les limites ne sont que dans notre tête, n'est pas tout à fait exact et ne s'applique pas toujours et partout. Bien sûr, l'escalade est au moins à 50 % une question de mental, mais le corps humain et les capacités de l'individu en font également partie intégrante. L'important est, et seule une longue route faite de succès, mais surtout d'échecs, y mène, de connaître ses possibilités et capacités physiques et psychiques, de les combiner et de n'adapter son objectif qu'ensuite. Certes, les histoires de personnes qui se sont fixé un objectif inaccessible et qui, après de longues années de labeur, ont fini par l'atteindre, sont bien plus belles. Pour moi, il est cependant préférable de suivre une voie progressive de petites étapes réalisables, qu'il est bon d'assembler progressivement. Ce n'est que si nous empruntons cette voie que les limites cesseront d'exister pour nous.
Philippe
photo: Filip Zaoral, Lukáš Ondrášek, Stanislav Mitáč


















































































































